jeudi, 12 janvier 2012 17:14

Nicolas Sarkozy a-t-il réellement enterré les IUFM?

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C’est ce que l’on entend ici ou là… et ces « Instituts Universitaires de Formation des Maîtres » ayant acquis une réputation tellement détestable de pédagogisme totalement abscons que  leur « suppression » (sic), annoncée triomphalement par Nicolas Sarkozy, est apparue  comme une victoire sur l'obscurantisme.

Qu'en est-il ?...

 

Fusion des IUFM avec les universités

La loi d’orientation du 23 avril 2005 n’a pas supprimé les IUFM mais en a seulement  modifié  le statut ; l’article 45 de la loi stipule , en effet : «  les IUFM sont assimilés à des écoles faisant partie des universités », en remplacement de : « les IUFM sont rattachés aux universités » : de « rattachés » aux universités, ils en deviennent donc « partie intégrante », c’est-à-dire qu’il s’agit en réalité, d’une fusion.

 L’article 85 de cette même loi stipulant , « dans un délai maximum de 3 ans à compter de la publication de la présente loi, les IUFM sont intégrés dans l’une des universités auxquelles ils sont rattachés »,  Nicolas Sarkozy a pu annoncer sans sourciller, en 2008, date d’intégration prévue par la loi de 2005, que les IUFM étaient désormais supprimés et tout le monde a salué cette annonce comme un "heureux événement" !

Suppression progressive de l'enseignement disciplinaire

En réalité, cette  suppression-fusion des IUFM avec les universités est un pas de géant accompli par les réformateurs de l’école car, non seulement les IUFM ne sont pas supprimés, mais  le véritable sens de la fusion entre ces deux institutions n’est pas non plus celui de privilégier l’aspect universitaire de la formation des maîtres comme nous pourrions être tentés de le penser, mais bien au contraire, de vider les Universités de leur substance.

De fait, dans la perspective du système éducatif en cours de « refondation », cette mesure est logique : la mission d’enseignement disparaissant de l’Education Nationale au profit d’activités, il n’est plus besoin de former des universitaires; il s’agit donc de supprimer progressivement l’enseignement disciplinaire de la formation des postulants à « l’enseignement » au profit d’un pédagogisme renforcé infusé à haute dose et, seul le regroupement de ces deux institutions peut permettre d’assurer le mélange des genres et la confusion nécessaire pour pouvoir procéder à cette révolution lente mais sûre de l’institution universitaire et conséquemment, scolaire.

Ainsi, l’arrêté portant cahier des charges de la formation des maîtres en IUFM fusionnés avec les universités prévoit multiplier des modules de formation« transversale » pour les professeurs de lycée et de collège, ce qu’il faut traduire par la formation au « décloisonnement » des cours : la discipline enseignée étant la « cloison », il faut la « faire sauter » au profit de la formation à l’accompagnement aux activités, apprendre les « maîtres » à travailler avec les parents, leur faire découvrir le monde associatif (…), leur apprendre à travailler avec les services sociaux, médicaux, les collectivités territoriales et les services de l’Etat partenaire, etc…Enfin! rien qui soit une formation d’enseignant pas plus que d’universitaire.

Voilà l’avenir des IUFM : non seulement ils ne sont pas enterrés mais ce sont eux qui vont enterrer les universités, pour enterrer l’Ecole, pour enterrer la France.

Bref ! comme disait ma grand-mère de ceux que l ’on disait toujours moribonds et qui ont vécu fort longtemps : « ils vont enterrer tout le monde! » 

 

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