mardi, 28 février 2012 07:43

Des "dispositifs de soutien"...du vide

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Les dispositifs de soutien dont on nous rebat les oreilles et qui « truffent » abondamment les discours sur la « refondation » du système éducatif, ne sont pas ce que l’on croit qu’ils sont. Ils nous sont annoncés à grand renfort de publicité et l’on voit ici et là de grands « placards »  affichés dans les lieux publics où des enfants très studieusement sont en train de bénéficier de soutien scolaire dispensé par l’Education Nationale. Quid ?

 

Du soutien pour mieux assimiler un cours?

Ces dispositifs de soutien prennent des noms très divers : tutorat, accompagnement personnalisé, aide personnalisée, projet personnel de réussite éducative, stages passerelles, stages de remise à niveau, ….dispositifs dont le Ministre de l’Education  ne semble pas en mesure de communiquer des bilans précis , et la preuve des chiffres des enfants qui auraient bénéficié de ce soutien hors du temps scolaire est loin d’être rapportée.

 Le public  perçoit favorablement ces dispositifs de soutien en ce qu’ils évoquent  la mise en oeuvre de moyens destinés à aider l’élève qui a des difficultés dans l’assimilation d’un cours en lui donnant un supplément d’explication, en l’aidant  à acquérir et maîtriser une méthode de travail qui puisse lui permettre d’améliorer son efficacité, et ceux qui utilisent ce langage le savent parfaitement, qui en usent abondamment et en abusent, pour anesthésier le public.

Une réalité bien différente

 En fait, ces dispositifs de soutien cachent une réalité tout autre que celle d’aider les élèves en difficulté dans l’assimilation d’un cours, en dehors du temps de travail scolaire ; ils ne viennent pas en complément mais en remplacement des cours, dans le cadre de la « refondation » du système éducatif qui vise à  supprimer tous les cours pour les remplacer par des activités aux contours indéfinis et, pour masquer cette véritable révolution de l’institution scolaire  métamorphosée en lieu de vie et dont les objectifs ne correspondant bien évidemment pas aux souhaits des parents qui « envoient leurs enfants à l’école », l’usage d’un discours subversif est abondamment répandu, laissant à penser, au contraire, à l’organisation de tout un dispositif visant à faciliter la réussite de tous les élèves.

Un exemple pami d'autres : pour la classe de 6èm le rapport 2011 du Haut Conseil de l’Education stipule : « l’accompagnement personnalisé » remplace « l’aide au travail personnel » pour TOUS les élèves : 2 heures hebdomadaires intégrées à l’emploi du temps » dont le but notamment, est « de soutenir dans les apprentissages…, favoriser l’autonomie et l’acquisition des méthodes de travail, renforcer la culture générale ».

 Mais, cet accompagnement personnalisé n'est pas limité à une classe, c’est un dispositif qui se généralise. Ainsi, dans le cadre de la réforme du lycée 2010 , le Ministre de l’Education l’a exprimé sans ambiguité : « un élément de la nouvelle organisation des études est l’accompagnement du lycéen : ce doit être une innovation majeure du nouveau lycée ». Cet accompagnement personnalisé se faisant en remplacement des cours, il est facile de comprendre qu’ en supprimant des heures d’enseignement disciplinaire, les lycéens vont être mieux accompagnés par un enseignant-qui-n’enseigne-plus et que leur réussite est assurée!

En réalité, l’ « accompagnement personnalisé » qui s’adresse à tous les élèves, consiste en ce qui est appelé une « pédagogie de projet » : à partir d’un thème – substrat d’un programme – les élèves répartis par petits groupes, réalisent une activité au cours de laquelle ils sont censés construire leur savoir dans différentes disciplines à la fois – c’est ce qui est appelé aussi « transversalité » ou « interdisciplinarité » ; ils sont  accompagnés dans leur projet par un enseignant-qui-n’enseigne-plus puisque ce système abolit toute logique d’acquisition préalable de connaissances par un enseignement disciplinaire, abolissant  également toute idée de progression.Le tutorat,  prévu pour tous les élèves, s’inscrit également dans cette logique, et le prétendu objectif de remettre le travail à l’école pour mieux accompagner les élèves – également très bien perçu – est, en réalité,   destiné à masquer la disparition de l’enseignement dont découlent deux conséquences pratiques :

 . L’enseignant-qui-n’enseigne-plus n’a donc plus de cours à préparer pas plus que de copies à corriger : une présence plus longue dans l’établissement est donc logique puisqu’au temps où il enseignait, le temps plus réduit dans l’établissement se justifiait par ces contingences,

 .Les « élèves » assujettis désormais à des formules récréatives n’ont pas davantage de travail à faire à la maison , ce qui justifie leur   présence plus longue à l’école-lieu de vie, ce qui présente en outre l’avantage de soustraire ce système pervers à la vigilance des parents qui seraient effrayés de voir l’effondrement de ce système éducatif « refondé » : c’est la copie conforme du « plus de devoirs à la maison » de l’école primaire, où les parents ont été volontairement écartés du suivi scolaire de l’enfant.

 Voilà ce que recouvrent les « dispositifs de soutien » concoctés par le Ministère : des dispositifs de soutien...du vide !

 

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