mercredi, 14 mars 2012 17:04

La "carte scolaire" n'est toujours pas supprimée...

Écrit par 

La question de la "carte scolaire" revient sur le devant de la scène! Beaucoup croyaient qu’elle avait été supprimée en 2008, hélàs ! ce ne fut qu’une opération de désinformation efficace, car parfaitement orchestrée par Nicolas Sarkozy et son Ministre de l’Education ainsi que le traduit  Mattea Battaglia dans son titre d’un article du monde.fr du 13/02/12, « grâce à une communication offensive, la suppression a été remportée dans les esprits » …seulement !

Le public est ainsi de plus en  plus souvent abusé par  nos gouvernants qui font  passer des décisions diamétralement opposées à celles souhaitées et aussi à l’intérêt général, en ayant dans le même temps, un discours qui correspond à ce qui est attendu : c’est le cas de la suppression de la carte scolaire  souhaitée depuis toujours.

Objectifs réels de la carte scolaire

Rappelons que la "carte scolaire" a été instaurée en 1963, avec pour objectif de contraindre les parents à scolariser leurs enfants dans un établissement scolaire donné, sur la seule base d’un critère géographique : leur lieu de résidence. Pourquoi  une telle contrainte est apparue à cette période  alors que, préalablement, la scolarisation de l’enfant dans un établissement s’était toujours faite uniquement en fonction du choix des parents ? Ce choix n’est pas fortuit.

La "carte scolaire" a vu le jour au moment où l’Education Nationale s’est mise à « dérailler » substantiellement, c’est-à-dire au moment où ont commencé à se généraliser les méthodes pédagogiques ineptes dans le primaire et  où les parents, insatisfaits des nouvelles réformes pédagogiques entreprises et inégalement appliquées, auraient forcément déserté les établissements qui ne leur donnaient pas satisfaction, leur préférant ceux qui continuaient à résister et à pratiquer un enseignement plus traditionnel et substantiel, ce qui aurait obligé les établissements « désertés » à se calquer sur les meilleurs ou à mourir empoisonnés par le poison révolutionnaire. C’est bien ce qu’avaient compris nos réformateurs qui ont anticipé les phénomènes de rejet : sans carte scolaire, leurs réformes auraient échoué.

 La "carte scolaire" a donc permis de neutraliser toute concurrence entre établissements  afin que le poison révolutionnaire soit infusé à tous les enfants en dépit des mécontentements, nous faisant sortir d’un système élitiste basé sur la recherche de l’excellence des résultats, pour nous faire entrer dans celui de la démocratisation dans laquelle les exigences se réduisent à la portion congrue.

 La "carte scolaire" a également permis d’assurer une mixité intellectuelle forcément préjudiciable aux meilleurs élèves dans la mesure où des classes trop hétérogènes rendent tout enseignement très difficile voire inopérant. Obligeant les professeurs à se calquer sur les possibilités des enfants les plus faibles, cette mixité s’est inscrite dans la logique de la « démocratisation » qui se mettait en place.

La "carte scolaire" a toujours été ressentie – à juste titre -  comme un carcan, avec des peines très lourdes en cas de fraude et des possibilités de dérogations  limitées : obligations professionnelles des parents, raisons médicales, continuation de la scolarité dans le même établissement après un déménagement, inscription dans un établissement de la ville où un frère ou une sœur est déjà scolarisé …Certaines familles réussissant à contourner la carte scolaire en faisant choisir à l’enfant un option rare – chinois par ex – enseignée dans des établissements de renom, ou en prétendant que l’enfant vivait chez une grand-mère, une tante ou une cousine résidant dans le périmètre de l’établissement convoîté, également en louant une chambre au pire, en déménageant…

La suppression...seulement annoncée...

En 2008, le Ministre de l’Education a fait l’annonce très médiatisée car très attendue par le public, de la « suppression » de la carte scolaire. Décision évidemment bien accueillie dans la mesure où cette suppression représentait une liberté retrouvée et qu’elle aurait pu constituer un élément déterminant d’amélioration de la qualité du système scolaire.

La politique éducative étant désormais dévolue aux chefs d’établissements avec la liberté de choix de leurs objectifs à partir de programmes devenus très imprécis induisant une marge d’interprétation immense – elle aurait pu permettre l’établissement de projets d’établissement en adéquation avec la volonté des parents et des élèves. Dans un premier temps, des politiques éducatives différentes auraient pu être naturellement menées et l’appréciation des résultats, générer une concurrence salutaire entre établissements, amenant à ce qu’à court et moyen terme, les établissements faisant de « l’animation »  - via les projets d’élèves et la suppression des cours ainsi que ce dispositif se met en place dans le cadre de la "refondation" du système scolaire -  soient désertés et amenés à se remettre en cause au profit de ceux faisant une réelle politique d’éducation et d’instruction structurée, celle que la très grande majorité des parents appelle de  ses vœux 

C’est précisément ce que nos gouvernants ne veulent toujours pas.

 Aussi, le ministre avait annoncé la « suppression » de la carte scolaire mais prévoyant « d’autres instruments de mixité sociale » (sic) ; en faisant du  renforcement de la « mixité sociale » l’objectif prioritaire de la suppression de la carte scolaire sous conditions, le ministre a donc entériné l’impossibilité d’enseigner et la réduction de la scolarité à des activités telle qu’elle est prévue dans le cadre de la « refondation » de l’école; alors même qu’il avait déclaré « il faut que l’excellence soit la même partout et pour tous », ce système est destiné à ce que ce soit  la même indigence partout.

 Ces « autres instruments de mixité sociale » se sont concrétisé par les dispositions suivantes :

«...dans le cas où un établissement ne peut accueillir toutes les demandes d’affectation, sont prioritaires, pour intégrer un établissement hors du secteur initial de rattachement, notamment : Les élèves souffrant d’un handicap, les élèves boursiers au mérite, les élèves nécessitant une prise en charge médicale importante à proximité de l’établissement demandé, les élèves qui doivent suivre un parcours scolaire particulier, les élèves dont un frère ou une sœur est déjà scolarisé dans l’établissement souhaité… » et « les dérogations seront accordées dans la limite des places disponibles » ! (le manque de places étant toujours facile à prétendre !) . Il est donc significatif que les critères sociaux sont dominants pour obtenir des dérogations, ce qui est logique dans une école-lieu-de-vie !

Ainsi, non seulement la "carte scolaire" n’a pas été supprimée mais aggravée, avec pour conséquence, l’alignement obligé de tous les établissements sur la même politique éducative « refondée » . L’autonomie des établissements prévue dans le dispositif de « refondation » de l’école s’accompagnant de leur mise en réseaux sur un territoire donné - appelée « sectorisation » - dans une logique de complémentarité, le système est donc verrouillé à double-tout.

Le Ministre avait bien dit : « pas question de comparer les résultats d’un établissement à un autre, pas question de concurrence » !

Tout est dit ! et nous sommes toujours enserrés dans ce carcan. 

Lu 4649 fois Dernière modification le samedi, 23 juin 2012 13:55