lundi, 19 mars 2012 08:43

Un "Concours Général" très particulier...

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Les établissements dits «  privés hors contrat » exclus du « Concours Général » ! C’est un comble quand on sait que ce concours général a été créé en 1747 en France, selon le vœu et le legs du Chanoine Le Gendre, historien et membre du chapitre des chanoines de Notre-Dame de Paris !...

Rappelons qu’en 1734, il avait légué une somme destinée à instituer des jeux quadriennaux dont les prix  récompenseraient les personnes ayant fait les trois plus belles pièces de prose française, les trois plus belles pièces en vers héroïques français, les trois plus belles pièces en odes latines et les trois plus belles pièces de musique composées à la gloire de la France et de ses grands hommes. En réalité, à sa mort en 1744, l’Université fit entériner par le parlement de Paris l’organisation d’un concours général annuel qui vit le jour en 1747 , ouvert aux élèves des collèges parisiens et consacré aux disciplines qui y étaient enseignées.

Aujourd’hui, le « Concours Général » a pour fonction de distinguer chaque année, les meilleurs élèves des classes de première et de terminale de toutes les académies pour le « Concours Général des lycées », et des apprentis pour le « Concours Général des métiers », évaluant les candidats sur des sujets conformes aux programmes officiels, mais dans le cadre d’épreuves plus exigeantes et plus longues que l’examen du baccalauréat dans différentes disciplines littéraires, artistiques et scientifiques. Cependant...

 En sont exclus ,  les élèves des établissements dits « privés hors-contrat ». Quid ?

Les  établissements dits « privés hors-contrat » sont des établissements privés – tout simplement - ceux qui ont toujours existé et qui constituent la norme de ce qui est réellement privé. Les établissements dits « privés sous contrat », de création récente, résultent de la loi Debré 1959 qui assujettit ces établissements à un cahier des charges quasi-équivalent à celui des établissements publics en contre-partie d’avantages financiers ; pour cette raison, ils ne sont, en réalité, que des établissements para-publics, ne disposant plus de la liberté  conférée aux établissements réellement privés et dont le Ministre de l’Education a d’ailleurs récemment rappelé  qu’ils faisaient partie du service public de l’Education - à qui lui faisait reprochait que certains de ses enfants étaient dans le privé (sous-contrat).

La "justification" du Ministre de l'Education

Pourquoi cet ostracisme à l’égard des écoles réellement privées qui les exclut du concours général ? Le Ministre de l’Education "justifie" cette inégalité de traitement par le fait que « les établissements hors-contrat n’étant pas tenus de suivre les programmes officiels, pourraient préparer exclusivement certains de leurs élèves aux épreuves du Concours général en négligeant les autres matières de l’enseignement officiel » !

Ce serait  donc pour préserver la qualité de l’enseignement reçu par les élèves ! Nous ne pouvons qu’être à la fois émus et surpris d’une telle « préoccupation » de la part d’un Ministre qui n’hésite pas à poursuivre avec acharnement le démantèlement du système éducatif public et para-public à un point tel qu’il aboutisse à son anéantissement pour en faire un simple lieu de vie du primaire à l’université incluse.

Cette déclaration a du mal à emporter notre conviction dans la mesure où il est permis de penser qu’outre la qualité de l’enseignement dispensé par le professeur, le fait d’être très bon élève dans une discipline donnée peut résulter  de  facilités d’appréhender cette discipline voire d’une passion et ne pas exiger d’efforts démesurés qui nécessiterait un temps excessif  pris sur les autres disciplines.

Par surcroît, pourquoi  supposer que ces établissements « pourraient préparer exclusivement certains de leurs élèves…en négligeant les autres matières » et  ne pas le penser pour les autres et comment ces établissements le pourraient-ils dans la mesure où :

. D’une part, cela  supposerait que cette négligence se fît à l’égard des autres élèves non candidats au concours, ce qui n’est pas concevable,

. D’autre part,  si les écoles privées hors contrat ne sont pas soumises à une obligation de moyens,  ils sont, par contre, soumis à une obligation de résultat – ce qui est la logique d’une école -  et leurs élèves  sont tenus, comme ceux de l’école publique et para-publique,  de subir toutes les épreuves du baccalauréat, examen dont la réussite conditionne l’entrée dans l’enseignement supérieur, ce qui suppose que soient travaillées toutes les disciplines : il nous est difficile de penser que les écoles privées hors contrat puissent se soustraire à cette nécessité quand, par surcroît, elles sont contrôlées par l’inspection académique.

Il n’est pas non plus inutile de noter que les programmes sont devenus quasi-inexistants, remplacés par des objectifs de compétences  à acquérir ; or, pour acquérir des compétences, cela passe par des savoirs définis par des programmes, ces programmes devant être définis par les établissements dans le cadre des « projets d’établissement », il n’y a donc pas de distinction  à cet égard entre établissements publics, privés sous contrat et privés hors contrat.

 Y aurait-il un lien avec l'exclusion du "plumier d'or"?

Mais, y aurait-il un lien entre cette exclusion  et cette autre exclusion du concours du « Plumier d’Or » dont sont victimes les élèves des établissements privés « hors contrat », concours organisé par l’association « Défense de la langue française » avec le soutien de la Marine Nationale destiné aux élèves de classe de quatrième des collèges français ?

 Y aurait-il un lien avec le fait qu’ en réparation de cette injustice, la « Fondation pour l’Ecole » a dû créer un «    Concours national de langue et de culture française » , également pour les élèves de 4ème  et aussi de CM2 - ouvert à tous les élèves qu’ils soient issus du public, du privé sous contrat ou du privé hors-contrat ?

 Y aurait-il un lien avec le fait que le haut niveau des lauréats de ce concours  - organisé par la « Fondation pour l’Ecole » où se distinguent tout particulièrement les élèves du privé - a été salué par un jury enthousiaste et que l’exceptionnelle qualité des copies  ait été – et demeure - portée à la connaissance du public, par leur publication sur internet, téléchargeables et imprimables à volonté tandis que les meilleures copies du « Plumier d’Or » restent secrètes bien qu’il soit inscrit, dans le règlement du concours, que « l’association se réserve le droit de publier les meilleures copies » ?

Nous nous posons beaucoup de… « questions »!

Lors de la remise des prix en 2011, Luc Chatel avait déclaré que «… le Concours général » avait contribué à faire de la France un Etat hors-norme… » Nous aimerions savoir ce qu’il entend par là…du « hors-contrat » hors-concours,  à l’Etat hors-normes, va-t-il passer au concours « hors-normes » pour en justifier la suppression ?

Dans le prolongement de la « refondation » de l’Ecole qui est en cours, cette suppression n'est certainement pas, hélàs! hors de question! 

 

 

Lu 4684 fois Dernière modification le samedi, 23 juin 2012 13:49