jeudi, 12 avril 2012 15:14

Mais qui, au juste,ne veut plus de devoirs à la maison?

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Les parents veulent-ils vraiment que les devoirs ne se fassent plus à la maison comme le prétend un article de Marie-Estelle Pech dans le Figaro du 13/03/12 ?  ce "plus de devoirs à la maison" revient "en boucle"dans les medias depuis quelques temps où il n’est question que de « devoirs à l’école, d’accompagnement personnalisé, de tutorat »….du primaire à l’université incluse, laissant à penser que l’objectif est celui de permettre une individualisation de l’aide apportée à tous les élèves afin de faciliter leur réussite et de rétablir  ainsi les marques d'un système éducatif défaillant.

Or...

Cette affirmation  récurrente ne représente que le relais des discours des pédagogistes de tous poils et  de la quasi-totalité des candidats à la présidence de la République qui veulent nous faire avaler la pilule empoisonnée de la « refondation » de l’Ecole, raison du déploiement d’une véritable « artillerie lourde » en train de se mettre en marche pour nous convaincre que les devoirs doivent se faire à l’école, « poussant le bouchon » jusqu’à prétendre que les parents le souhaitent et pour cela,  certaines associations servent de caisses de résonance.

 Associations-relais

. C’est ainsi que l’association « ATD quart-monde » (…)  trouve que « le travail scolaire à la maison est source de grandes inégalités, qu’il y a aggravation de la situation des enfants des familles les plus défavorisées à l’école, que le travail individuel est souvent une mise en échec lorsqu’il est fait exclusivement à la maison… » et propose, comme par hasard, d’ « …intégrer le travail individuel dans le temps scolaire … ».

Sur certains points, nous ne pouvons qu’être d’accord : il y a bien aggravation de la situation scolaire des enfants issus des familles les plus défavorisées et cela se comprend aisément; certes, il y a toujours eu des inégalités sociales et il en existera toujours, elles sont  dans la nature des choses et n’ont  pas à être considérées dans un sens négatif dans la mesure où cette inégalité n’est pas un obstacle au développement des talents de chacun. C’est ainsi qu’à l’époque où tous les enfants recevaient un enseignement de qualité dans une Ecole de la République qui s’était précisément donné pour mission d’instruire tous les enfants , ceux issus des  milieux défavorisés pouvaient  s’émanciper par le fait de l’instruction et de l’éducation qu’ils avaient reçue au sein de l’institution scolaire : les « outils » pour travailler leur étaient donnés et permettaient de comprendre, d’apprendre et d’être ensuite  autonomes dans leur travail. de se responsabiliser eux-mêmes et de réussir – quel que fût leur condition sociale.

Aujourd’hui, il en va tout autrement : l’étude PISA 2010 (cf. art. « Qu’est devenue la meilleure école au monde » ? ) l’a révélé sans ambiguîté : Instituée par l’OCDE, cette étude internationale évalue les compétences des élèves de 15 ans dans les domaines de la langue maternelle, des mathématiques et des sciences - compétences définies de façon très basique . C'est ainsi qu'a été  mis en évidence un creusement des différences de résultats en fonction de critères sociaux en ce qui concerne la France contrairement à la plupart des autres pays.

Pourquoi ? La raison en est très simple ; elle tient au fait qu’aujourd’hui, le système scolaire français est totalement déliquescent et ce sont les parents qui sont à même ou non de comprendre les tares du système et d’y pallier ; il est tout aussi évident  que certains n’en ont pas plus les moyens intellectuels que financiers pour les corriger eux-mêmes ou  faire donner des cours particuliers.L’aggravation de la situation scolaire des enfants issus des familles les plus défavorisées vient donc, en réalité, non pas tant du fait que les devoirs se font à la maison, mais du fait que l’école ne fournit plus aux enfants, par le contenu et les méthodes, les moyens de travailler seuls.

Et, si l’affirmation d’ATD-Quart-monde est bien conforme aux statistiques officielles, sa proposition n’est bien évidemment pas de  remettre l’institution scolaire sur de bons rails, mais celle d’accompagner la « refondation-destruction » actuelle de l’Ecole en proposant d’intégrer le soit-disant travail individuel dans le temps scolaire, ce qui constituerait la potion magique d'"ATD-quart-mondix".

. Quant à la F.C.P.E - Fédération des Conseils de Parents d’Elèves - (...) et l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) promoteur de la «  pédagogie Freinet » - dans le droit fil, donc,  de l’auto-instruction à travers des activités, objet de la refondation actuelle de l’école -  ces associations font des révélations  saisissantes. C’est ainsi que l’on apprend que « personne n’a jamais trouvé l’utilité des devoirs » (sic) un peu comme si l’on disait que personne n’a jamais trouvé l’utilité du travail ! C’est tout de même très intéressant : le travail ne sert à rien ! On peut être rassuré sur la représentativité des parents à travers ces « institutions » ! L’énormité du propos dispense au moins de tout commentaire et assure la crédibilité de leurs promoteurs, plus qu’un long discours ! La FCPE poursuivant en prétendant que « …le travail à la maison ne fait qu’accentuer les inégalités, que c’est une forme de sous-traitance pédagogique aux familles … » . Cette fédération reconnaît donc la défaillance du système : quand l’école ne traite pas, les parents sous-traitent ! Mais, si le système est défaillant, la FCPE se propose-t-elle de redresser la situation ?

Ne rêvons pas ! …La FCPE enchaîne en proposant qu’il n’y ait "plus de devoirs à la maison", appelant enseignants et parents à vivre 15 jours sans devoirs à la maison et ayant mis en ligne un blog, « ce soirpasdedevoirs » pour recenser des témoignages de parents, d’enfants et d’enseignants, dont les conclusions sont – bien évidemment -  connues d’avance : « les parents souhaitent que les devoirs se fassent à l’école » (sic)-  

 L'arbre qui cache la forêt... 

 Tout ceci pour amener à faire  accréditer l’idée que le temps scolaire doive  «  englober les apprentissages et travaux personnels habituellement faits en dehors de l’école ou du collège, sous la responsabilité d’enseignants, occasion privilégiée de coopération entre élèves,…mener un travail individuel dans un cadre sécurisant… » c’est ce que prétend cette même fédération. Que de « belles » intentions : « travailler sous la responsabilité d’enseignants, occasion privilégiée de coopération, travail individuel, cadre sécurisant… » des mots qui rassurent, qui inspirent confiance,  mais…n’est-ce pas bizarre cette soudaine et insistante  remise en cause des devoirs à la maison du primaire à l’université ?

 En réalité, dans le cadre de la « refondation » actuelle du système scolaire, tous les cours sont en train d’être supprimés – plus de transmission des savoirs, « du passé faisons table rase » –:  plus de cours à assimiler, plus d’exercices d’application donc plus de devoirs. En remplacement des cours, sont prévues des activités réalisées par les « élèves » en petits groupes  ce qui, d’une part nécessite que les enfants soient sur place pour réaliser leur projet au cours duquel ils sont censés s’instruire, D’autre part, s’y ajoute une autre raison essentielle : cette « refondation » du système scolaire va totalement à l’encontre de la volonté des parents dans la mesure où elle anéantit toute idée de transmission des savoirs, ce sur quoi les parents trouvent déjà que le système pêche lourdement et ce « plus de devoirs à la maison »  sert aussi et surtout, à masquer au regard des parents le bouleversement de l’institution scolaire  métamorphosée en lieu de vie et qui trahit leurs attentes.

 Avec les « devoirs à l’école », on nous « refait le même coup » qu’en 1956, lorsqu’a été instauré au niveau de l’école primaire, le « plus de devoirs à la maison »,  à l’époque où ont commencé à se généraliser les méthodes pédagogiques ineptes, afin de masquer la réalité de ces méthodes et les dégâts subséquents  au regard des parents, de même que pour empêcher qu’ils corrigent par eux-mêmes les vicissitudes qui en ont résultées. C’est cela, la vraie raison d’englober les apprentissages et travaux personnels faits en dehors de l’école, sous la responsabilité d’enseignants – qui n’enseignent plus ! cela vaut bien de « pilonner » les parents et de prétendre qu'ils souhaitent que les devoirs ne se fassent plus à la maison !  et pour "servir la soupe", le système se sert d’associations-relais dont on connaît les implications syndicales et politiques. Censées représenter les souhaits des parents et l'intérêt général, elles ne sont, en réalité, que des antennes politiques au service de la subversion scolaire dont la presse complaisante assure elle-même le relais.

Lu 5878 fois Dernière modification le vendredi, 13 juillet 2012 14:50