mardi, 17 avril 2012 12:22

L'impossible restauration de l'"Ecole de la République"

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Pour ceux qui rêvent encore à la possibilité de restaurer l’"Ecole de la République", nous regrettons de devoir les décevoir très vite , n’hésitant pas à leur dire : c’est impossible. Pessimisme ou réalisme ? nous ne pouvons pas dire : « les deux, mon Général » : la réalité s’impose mais amène, bien évidemment,  à se poser la question de savoir pourquoi ne serait-ce plus possible aujourd’hui alors que cela fut possible…autrefois ?...

 

Bref historique de l’Ecole en France

…Sans entrer dans les détails de l’Histoire, il faut rappeler  que l’Ecole de la République, la fameuse « Ecole de Jules Ferry » dont la réputation n’est plus à faire,  n’est qu’une parenthèse dans l’histoire de l’institution scolaire et, contrairement  à ce que beaucoup croient aussi, elle n’a pas été non plus la première Ecole destinée au peuple.

Avant la Révolution dite « française » et au cours du XIXème siècle, l’Ecole était essentiellement assurée par des institutions privées matérialisées pour la plupart par des congrégations religieuses et il n’est peut-être pas inutile de rappeler –surtout aux jeunes générations dont les programmes d’histoire sont non seulement ultra-légers mais dévoyés – que l’enseignement dispensé alors, était d’une qualité telle, qu’elle a permis de former une élite dans tous les domaines de la vie sociale non seulement  remarquable par sa qualité, mais suffisamment abondante pour que la France fût universellement reconnue comme le phare culturel du monde et que la langue française, la culture française rayonnassent sur tous les continents.

Acte de naissance de l’ « Ecole de la République »

Rappelons aussi que tout le XIXème siècle a été marqué par la lutte entre le pouvoir laïc et le pouvoir religieux et que l’Ecole de la République s’est construite à la fin du XIXème siècle dans le contexte politique  de la IIIème République naissante, à peine remise de la justesse d’avoir pris le pas sur les royalistes (à une voix près !) avec  pour objectif  de prendre en main la jeunesse et de la modeler à sa convenance. Comme le rappelait Georges Duby  dans son « Histoire de France » : « il ne s’agissait pas, pour les républicains, et particulièrement pour Jules Ferry, d’arracher la France à son ignorance. D’autres régimes, bien avant eux, s’en étaient chargés. Ce qu’ils désirent, c’est arracher les écoles primaires du peuple des mains de l’Eglise » ce qui confirme la déclaration de Jules Ferry lors du débat parlementaire faisant suite au dépôt de son projet de loi en 1879 : « c’est à la Compagnie de Jésus que nous voulons arracher l’âme de la jeunesse française ». Il fallait donc supplanter l’enseignement privé et le faire disparaître.

Mais, pour pouvoir prétendre supplanter l’enseignement privé, l’exigence minimum était d’apporter la preuve d’une Ecole publique de qualité au moins équivalente à celle de l’enseignement privé ; c’est dans cet esprit que l’ « Ecole de la République » a été créée et qu’a été assuré, pendant un temps, un enseignement excellent calqué précisément sur celui des écoles privées, et les promoteurs de cette école ont réussi parce qu’il y avait une réelle volonté politique, que les enseignants étaient formés  pour appliquer cette politique et que personne, au sein même de l’institution, n’en contestait le bien-fondé pour pouvoir aboutir à leur objectif final.

Excellence forcément provisoire de l’ « Ecole de la République »

Cette école de qualité n’était donc pas faîte pour durer ; elle n’était pas l’objectif des promoteurs de cette Ecole de la République , mais seulement un moyen pour prendre en main la jeunesse afin qu’elle soit modelée conformément à leur idéologie une fois l’enseignement catholique neutralisé ;  elle portait donc dans son « caryotype », les gênes de sa desagrégation.

L’excellence ne suffisant pas pour supplanter l’enseignement privé dans une France encore  très largement catholique, une véritable guerre s’est faite contre les congrégations religieuses pour leur interdire d’enseigner, faire  fermer les établissements voire expulser les congrégations religieuses.

Loi Debré 1959, outil de destruction de l’Ecole

Guerre farouche qui a duré jusqu’à la première guerre mondiale dont le désastre a mis en veilleuse les attaques frontales des républicains qui ont poursuivi néanmoins leur lutte, mais plus insidieusement,  par infiltration de même  nature que celle qui s’est faite au sein de l’Eglise elle-même jusqu’à neutraliser l’enseignement privé en l’absorbant en son sein par la loi Debré de 1959 qui, soumettant les établissements privés sous contrat à un cahier des charges quasiment équivalent à celui des établissement publics en contre-partie d’avantages financiers, en a fait un enseignement para-public.

Parallèlement, l’amenuisement du contenu de l’enseignement s’est fait très progressivement mais d’une façon constante en même temps que l’Instruction publique est devenue « Education Nationale » dès 1932, la volonté de destruction du système  existant apparaissant  très vite dans  le projet Jean Zay de 1937 non appliqué mais  resté dans les cartons des communistes pour être ressorti, quasiment dupliqué, dans le plan Langevin-Wallon de 1947 qui n’a pu être réellement mis en oeuvre qu’une fois l’enseignement privé absorbé.

Ainsi, une  fois la loi Debré de 1959 votée, l’application du plan Langevin-Wallon a pu se faire par étapes pour aboutir à l’étape finale, objet de la « refondation » actuelle de l’Ecole mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy, cette étape finale consistant à supprimer les cours pour les remplacer par des activités – que tous les candidats à la présidence de la République cautionnent sauf Marine Le Pen .

Impossible restauration de l’ « Ecole de la République »

Cette subversion de l’institution scolaire, pensée, organisée, mise en oeuvre d'une façon méthodique et progressive depuis 60 ans avec l’appui d’un syndicalisme aux ordres et dont les promoteurs hantent toujours, tant les arcanes du Ministère de l’Education que les postes-clés aux différents échelons de l’administration de l’Education Nationale , rend impossible d’envisager la restauration d’une Ecole publique qu’ils se sont appliqués à détruire méthodiquement .

Les promoteurs de l’Ecole publique  avaient construit une école publique  de qualité parce-qu’ils avaient la rage de vaincre l’enseignement privé et qu’ ils ont engagé toutes leurs forces pour gagner la bataille : c’était leur but et ils ont abouti. Une fois ce but atteint, ils ont travaillé à la destruction du système et ce, depuis tant d’années, qu’ils n’ont certainement pas l’intention de le reconstruire, contrairement à ce qu’ils prétendent.

Alors, y a-t-il une solution ? Bien entendu ! OUI !

Liberté scolaire pour tous, outil d'excellence

Aujourd’hui, la « refondation » actuelle de l’école mise en œuvre par Nicolas Sarkozy et qui sera reprise par la quasi-totalité des candidats, repose sur : l’autonomie des établissements, les projets propres à chaque établissement sur la base de thèmes qui servent de programmes, le recrutement du personnel « sur profil », par les chefs d’établissements eux-mêmes...c’est-à-dire que cette « refondation » repose sur des prérogatives d’établissements privés.

Néanmoins, un virus mortifère vient se loger dans le système pour le pervertir : une obligation de moyens et non une obligation de résultat comme le voudrait une véritable institution scolaire, c’est-à-dire l’obligation, pour les chefs d’établissement, de supprimer les cours, transmetteurs de savoirs, pour les remplacer par des activités au cours desquelles l’enfant est censé construire son savoir sans obligation de résultat et ce, du primaire à l’université incluse. Autrement dit, il s’agit d’une logique totalement inverse de celle d’une école dans laquelle seuls comptent les résultats, les moyens utilisés pour y parvenir devant être laissés à la seule appréciation de chacun.

Par ailleurs, à cette libéralisation de l’offre scolaire fait face un bâillonnage de la demande scolaire , les parents étant  toujours assujettis à cette école totalement pervertie à laquelle s’ajoute l’assujettissement à la carte scolaire.

Que faire ? En réalité, c’est assez simple à condition qu’il y ait une réelle volonté politique d’excellence de l’Ecole : il faut libéraliser totalement,  et l’offre scolaire, et la demande scolaire : les structures existent, les personnels aussi, il suffit, d’une part, de laisser à chaque établissement  le soin de définir son projet avec des obligations de résultat préétablies et contrôlées, d’autre part,  de donner à chaque famille la liberté du choix de l’établissement scolaire par un système de financement personnalisé, chèque-éducation, bon scolaire, crédit d’impôt…alloué par l’Etat ou les collectivités locales, système utilisé avec succès dans de nombreux pays étrangers et  étudié de façon rigoureuse et précise par la « Fondation pour l’Ecole » (site www.fondationpourlecole.org)

C’est la seule chance de salut pour « notre » Ecole, c’est la chance de salut pour la « France » car comment le disait Jean Macé, fondateur de la « Ligue de l’Enseignement » (…) qui savait de quoi il parlait (...) «…Qui tient les écoles, tient la France »  et si la restauration de l'"Ecole de la République" est impossible, la restauration de l'excellence de l'Ecole pour tous  est à notre portée, il suffit de le vouloir et il nous FAUT le vouloir.

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