mercredi, 20 juin 2012 09:04

Une "olympiade" peu...olympienne!

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Quid de « l’olympiade française de mathématiques » ?

 

Tout d'abord, ne pas confondre « olympiade » et « jeux olympiques ! ». Chez les grecs, l’olympiade représentait la période de 4 ans qui s’écoulait entre deux célébrations successives de jeux olympiques dont les épreuves sportives avaient lieu précisément tous les quatre ans et où les vainqueurs se voyaient décerner une couronne ; l’olympiade représentait donc une période préparatoire à ces épreuves de prestige. La métaphore utilisée et sujette à ambiguité pour désigner une épreuve - au demeurant, fort peu éprouvante - de mathématiques ne doit pas nous abuser.

En effet, l'"olympiade française de mathématiques" est matérialisée par un concours ouvert aux lycéens de première de toutes les séries, qui a donné lieu le 06 juin 2012, à une remise nationale des prix clôturée par le Ministre de l’Education, Vincent Peillon. Jusque-là, cela fait plutôt sérieux !...

Mais il faut savoir qu'elle est organisée en collaboration avec l’association pour l’animation mathématique « Animath » - tout un programme ! Association loi 1901 fondée en 1998, dont le but est de « promouvoir - chez des jeunes - l’activité mathématique sous toutes ses formes » : ateliers, compétitions, clubs…dans les collèges, lycées et universités… tout en développant le plaisir de faire des mathématiques (sic) » , et d'apporter son concours à l'enseignement public. Pour cette raison, elle a été agréée par arrêté du ministre de l'Education Nationale en 2010 pour une durée de 5 ans, fédérant par surcroît les différentes associations censées poursuivre le même but (…) 

C'est ainsi qu'en matière de formation des enseignants, elle organise des stages pour apprendre à animer un "club" ou un "atelier de mathématiques"(...), elle assure aussi des "promenades mathématiques"  qui consistent en des conférences dans les établissements scolaires, elle organise également le "tutorat" animath  assuré par des étudiants en thèse... autrement dit, elle est là pour chapeauter la revolution de l'"école-lieu d'instruction" en "école - lieu de vie"  résultant de la "refondation" du système scolaire, prenant en main  à la fois la reconversion des professeurs de mathématiques en animateurs de club ou d'atelier dit "mathématique" , et celle des "élèves", par le "tutorat". Sachant cela, ne soyons pas surpris de retrouver cette association dans l'organisation de cette "olympiade de mathématiques" dont le contenu réserve  pour le moins, quelques surprises.

En quoi consiste cette remise de prix ?

A récompenser les meilleurs élèves en mathématiques ?...pas tout à fait cela, contrairement à ce que nous pourrions être tentés de croire !... encore que, quand on sait qu’ils sont ouverts à tous les élèves de première quelles que soient les séries et que, théoriquement des écarts de niveaux existent d’une série à l’autre, nous en sommes moins étonnés. En réalité, ils sont destinés à  « développer le goût des mathématiques, de la recherche et l’esprit d’initiative »(…) - Nous devons avouer que, pour un concours, c’est un objectif qui nous échappe! - à cet effet, cette « olympiade française de mathématiques » (OFM) est censée proposer un « entraînement » à une vingtaine d’élèves choisis en début d’année scolaire et susceptibles de faire partie de l’équipe de France l’été suivant pour participer à l’ « olympiade internationale de mathématiques.»

Quid de l’« entraînement » ? 

Il consiste en l’envoi de six exercices par mois, dont trois à faire en temps limité , « …exercices de type Olympiades…exigeant davantage d’ingéniosité et de sagacité que de connaissances mathématiques…» dit le texte.

Ces exercices s’inscrivent donc dans la logique de la « refondation » du système éducatif où la transmission des savoirs est balayée au profit de qualités qui, même si elles ne sont bien évidemment pas négigeables, n'en sont pas moins difficilement assimilables à des connaissances et une formation mathématiques.

Les copies des élèves sont corrigées puis leur sont réexpédiées avec un corrigé-type et, en fin d’année, un test de sélection est proposé aux meilleurs « élèves », déterminant ainsi, la délégation française à l’ « Olympiade Internationale de Mathématiques » : c’est ce qui a donné lieu à la remise nationale des prix clôturée par Vincent Peillon, nouveau Ministre en titre, de l’Education, le 06 juin 2012.

 Quid des « exercices de type olympiade» ?

Pas de quoi donner une méningite , en effet!

Le sujet comporte 4 exercices : 2 nationaux et deux, spécifiques aux académies.

A titre d’exemple, l’exercice national 1 notamment, porte sur les nombres divisibles :

« On dit qu’un nombre entier est divisible lorsque les trois conditions suivantes sont vérifiées : aucun de ses chiffres n’est nul ; il s’écrit avec des chiffres tous différents ; il est divisible par chacun d’eux.

« Par ex. 24 est divisible car il est divisible par 2 et par 4 ; 324 est divisible car il est divisible par 3, par2, et par 4 ; 32 n’est pas divisible car il n’est pas divisible par 3.

« On rappelle qu’un nombre entier est divisible par 3 si, et seulement si, la somme de ses chiffres est divisible par 3.

1-      Proposer un nombre divisible à deux chiffres,

2-      Proposer un nombre divisible à quatre chiffres,

3-      Soit n un entier divisible s’écrivant avec un 5

. démontrer que « 5 » est le chiffre de ses unités,

. démontrer que tous les chiffres de « n » sont impairs,

. démontrer que « n » s’écrit avec au plus quatre chiffres,

. déterminer le plus grand entier divisible s’écrivant avec un « 5 »… etc…. »

…Et l’exercice national 2, de même calibre, consiste en la reproduction d’un cercle...

« Soit un cercle de centre 0 , A un point de ce cercle et D le disque délimité par ce cercle.

1 – reproduire la figure et représenter l’ensemble des points du disque équidistants de 0 et de A,

           2 - Hachurer l’ensemble des points du disque plus proches de 0 que de A  etc… »

C’était bien formulé : « … exercices de type olympiade, exigeant davantage d’ingéniosité et de sagacité que de connaissances mathématiques… » mais nous n’avions pas osé imaginer  l’indigence des sujets destinés à des élèves de première, atteindre un tel degré !

« …Et voilà pourquoi votre fille est muette… »

Voilà pourquoi ne peuvent « concourir » que les élèves de l’enseignement public et de l’enseignement privé sous contrat c’est-à-dire, de l’enseignement para-public et qu’en sont exclus les élèves des établissements privés hors contrat, c’est-à-dire des établissements réellement privés, déjà exclus du « plumier d’or » censé récompenser les meilleurs élèves mais dont on n’a jamais vu les copies ….et du  « concours général »….censé récompenser les meilleurs élèves des classes de terminales…

…Voilà pourquoi ces mises en scène des refondateurs-destructeurs du système scolaire promptes à berner, supposent qu’en soient exclus ceux à qui il n'est pas refusé d'être réellement instruits. 

En vérité...bien peu olympienne, cette "olympiade"! 

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