samedi, 07 juillet 2012 16:59

Créations de postes ou tours de passe-passe?

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Les annonces de créations de postes pour la rentrée 2012 constituent un vrai festival de chiffres : 1000, 6000...   60000 aussi... au cours du quinquennat; de quoi vous donner le « tournis » !

Le Ministre de l’Education aurait-il l’intention de reconstruire cette ruine qu’est devenue l’Education Nationale ? aurait-il vraiment l’intention de renouer avec les valeurs d’une véritable institution scolaire ? aurait-il vraiment l’intention de se mettre à redonner une véritable instruction à nos enfants ? C’est bien ce qu’il veut nous faire croire ! c’est bien ce que ces annonces qui se répandent en écho dans la presse voudraient nous laisser à penser, mais...

...Est-ce crédible?

 1000  créations de postes dans le primaire ?

Vincent Peillon affirme vouloir donner la priorité à l’enseignement primaire et commence par un vœu pieux : le ministère «… souhaite que  tout soit mis en œuvre pour que les CP soient confiés à des professeurs expérimentés..." . C’est une annonce qui fait bon effet et dont le public retiendra l’intention, mais un « souhait » n’est ni un arrêté, ni un décret, et cette formulation nous laisse augurer que cela restera, à coup sûr, au stade du "souhait", d’autant que la nouvelle philosophie du système éducatif conduit à une refondation dont l'esprit n'est pas de donner une instruction solide aux enfants puisqu'elle consiste à balayer la transmission des savoirs en supprimant les cours, au profit d’activités au cours desquelles l'enfant est censé construire son savoir; pas besoin de "professeurs expérimentés" pour cela.

Par ailleurs, Vincent Peillon prétend créer 1000 postes ; or, 5700 suppressions de postes dans le primaire ont été votés dans le budget 2012 et quand Vincent Peillon annonce la création de 1000 postes dans le primaire , en réalité,  il reste toujours 4700 suppressions de postes !

6000 créations de postes  dans le secondaire ?

Il nous paraît prudent de partir également de la situation antérieure - celle laissée par le précédent ministère - pour savoir ce que recouvrent - déjà, numériquement parlant - ces chiffres : pour ne parler que de la prochaine rentrée scolaire, il faut savoir que dans le budget 2012 – donc entériné depuis  plus de 6 mois - des coupes budgétaires importantes ont été faites et se sont concrétisées par 6550 suppressions de postes dans l’enseignement secondaire.   Ce fait est « acquis » , si nous pouvons nous exprimer ainsi.

Vincent Peillon prend la tête du ministère de l’Education et dit « attendre » 6000 recrutements pour la rentrée 2012 ;  bien qu’ « attendre » ne soit pas « créer », donnons lui une avance de crédit, et faisons comme si!..comme s’il créait 6000 postes : créés à la suite d’une suppression de 6550 postes, il n’y a pas réellement création de postes ; subsiste même, un déficit de 550 postes.

De plus, les catégories de personnels « recrutés »  ne sont pas précisés, pour les besoins de l’effet d’annonce et afin que le public puisse en déduire qu’il s’agit de postes d’enseignants : le Ministre « recrute » ! mais si l’on cherche à approfondir le sujet et que l’on va à la pêche à l’information, nous découvrons que sur ces 6000 recrutements « attendus », seulement 280 concernent les professeurs du 2nd degré ! (en moyenne, à peine 3 par département) !

Recrutement d'une majorité de personnels sans aucune qualification…

Alors, quid de l’immense majorité des recrutements annoncés ? Ils concernent des personnels sans aucune qualification : des assistants d’éducation , c’est-à-dire des personnels non diplômés, recrutés sous contrat de droit public pour une durée de 3 ans renouvelables, chargés de surveiller les élèves, d’ « aider aux devoirs » , dit le texte. Encore faudrait-il que, dans l’absolu, ils en soient capables et que, par surcroît, des devoirs soient réellement prévus dans le système éducatif  en cours de refondation, ce qui n'est pas le cas.

Parmi ces assistants d’éducation, certains sont des « auxiliaires de vie scolaire individualisés » (AVSI) chargés d’accompagner les enfants en situation de handicap et qui constitueront une grande partie de ces 6000 recrutements ; d’autres  sont des personnels recrutés via des « contrats aidés » oeuvrant également auprès des élèves handicapés et dont les contrats ont une durée variant de 6 à 24 mois.

Pourquoi si peu de professeurs malgré les besoins ?

On veut nous laisser à penser que, dans le cadre d’une école refondée censée poursuivre l’objectif d’instruire les enfants (…), le recrutement d’assistants d’éducation va permettre de mieux encadrer les enfants, de les aider à faire leurs devoirs,  de soutenir davantage ceux en difficulté …  les plaçant ainsi dans les meilleures conditions possibles pour réussir.

En réalité, ces assistants d’éducation, recrutés massivement, et sur-représentés par rapport aux enseignants sont appelés à remplacer les enseignants : ils seront donc amenés à « soutenir » des enfants qui n’auront plus cours !

La réalité de la refondation en cours de l’institution scolaire, déjà bien engagée par le précédent ministère et dont Vincent Peillon prend le relais tout en nous laissant croire qu’il se lance dans une concertation pour refonder l’école sur des bases totalement opposées, est tout autre que celle que l’on veut nous faire croire. Cette refondation consiste en une véritable destruction de l’institution scolaire dans laquelle les cours sont amenés à être supprimés – plus de transmission des savoirs -  et remplacés par des activités choisies par les pseudo-élèves, au cours desquelles ils sont censés construire leur savoir, du primaire à l'université incluse.

Ce que l’histoire ne dit pas et qui n’est absolument pas relayé par les medias, c’est que les enseignants, dans leur grande majorité, sont farouchement hostiles à cette révolution de l’institution scolaire dont ils contestent le bien-fondé et la rejettent, ce sur quoi, les syndicats font bien entendu, le silence le plus total, puisqu’ils cautionnent largement cette révolution-destruction de l’institution scolaire. Il n'est question que de "souffrance normale " des enseignants! ce qui est un comble quand il leur est demandé d'accompagner la destruction de l'institution scolaire sans broncher! 

Aussi, pour endiguer les contestations et prévenir  les manifestations afin de permettre la poursuite de la mise en œuvre de cette refondation-destruction de l’institution scolaire envers et contre tout,  le personnel enseignant - trop critique par rapport à cette refondation - est « mis sur la touche » par le moyen des suppressions  de postes d’enseignants  pour être remplacés par des recrutements de personnes incompétentes sur le plan scolaire, incapables de remettre en cause le système et donc forcément dociles à cette révolution de l’institution scolaire qui en détruit tous les fondements; ce qui nous rappelle l'époque où les classes de premier cycle du second degré des lycées où enseignaient des professeurs agrégés et certifiés, ont été remplacés par les CES où ont été incorporés  des instituteurs  qui n'avaient aucune formation universitaire et d'où étaient systématiquement rejetés les postulants ayant une maîtrise d'enseignement avec pour motif avoué ouvertement d'avoir "trop de diplômes" ! trop dangereux pour le système, car trop critiques par rapport à la baisse de niveau engendrée par les nouvelles et ineptes méthodes pédagogiques qui "justifiaient" précisément,  la création de ces CES.

Conclusion

Tout ceci confirme, s’il en était besoin, que cette substitution du personnel qualifié par des personnels de formation totalement indifférenciée et a minima, confirme la mutation de l’institution scolaire en centres d’activités et de loisirs  nommément désignée du terme de « refondation » . Dans ces conditions, il n'est plus besoin de diplômés, dont    le ministère trouve le moyen de se débarrasser par ce lamentable tour de passe-passe.


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