mardi, 30 avril 2013 14:04

La morale laïque de Vincent Peillon

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Entendons-nous d’abord sur les mots…

De quoi s’agit-il ? « enseignement laïc de la morale » ?

 ou enseignement de la « morale laïque » ?

L’ « enseignement laïc de la morale » voudrait que les règles morales traditionnelles, imprégnées de morale naturelle en même temps que de morale chrétienne, basées sur les devoirs, restent inchangées, que les principes demeurent les mêmes,  mais desquels Dieu serait forcément absent, alors que l’enseignement d’une « morale laïque » consisterait à insuffler une morale basée sur des principes différents.

A cet égard, le rapport qu'a remis Alain Bergougnoux au ministre de l’Education Vincent Peillon fin avril 2013,  fait bien état d’un « enseignement laïc de la morale » et non d’une « morale laïque », mais il est permis d’en douter si l’on se réfère à la définition de l’enseignement proposé qu’en a donné Vincent Peillon lors de la présentation du rapport : «…La « morale laïque » est un ensemble de connaissances et de réflexions sur les valeurs, les principes et les règles qui permettent, dans la république, de vivre ensemble selon notre idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité. Cela doit aussi être une mise en pratique de ces valeurs et de ces règles… »  

Il s’agit donc de la religion des droits de l’homme : " ...droit de...droit à..."

Partant de ces 3 principes très généraux , tout est possible et même si le ministre de l’Education prend la précaution d’ajouter - à l’encontre de ses détracteurs qui redoutent l’expression d’une « morale d’Etat »  - qu'il ne s'agira pas de cela,  il est permis d'en douter quand...

...Les OBJECTIFS POURSUIVIS sont sans ambiguïté

A cet égard, Vincent Peillon déclare sans ambages :  « Nous voulons changer les mentalités des jeunes…la révolution française n’est pas finie, c’est à l’Ecole de l’achever…nous voulons travailler à la « refondation » républicaine de notre Ecole…une « refondation » de la République par l’Ecole… »

 «…Il s’agit de forger une religion qui soit, non seulement plus religieuse que le catholicisme dominant, mais qui ait davantage de force de séduction, de persuasion, d’adhésion que lui… »

ROLE DE L’ECOLE

Dans ce contexte,  Vincent Peillon  s’appuie sur la ligne définie par Ferdinand Buisson :  « … l’Ecole est un instrument de la religion laïque…c’est au socialisme qu’il va revenir d’incarner la révolution religieuse dont l’humanité a besoin…l’Ecole sera le temple de cette nouvelle religion…c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantation qui opère dans l’Ecole et par l’Ecole, cette nouvelle Eglise, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses tables de la loi… il y a un infini flottant dans l’âme de l’enfant et l’éducation se fixe pour tâche de lui donner une forme … ».

CONTENU ET PLACE DE LA LAÏCITE 

Vincent Peillon avait déclaré, dans un discours prononcé en 2008 : "...La laïcité n'est pas la neutralité, la simple tolérance...mais un ensemble de valeurs et qui va jusqu'au bout, qui demande aussi le socialisme, qui demande aussi la démocratie, que l'on enseigne positivement..."

Le ministre de l'Education affirme également : « la laïcité introduit une hiérarchisation des valeurs puisqu’elle consiste à placer le bien commun, l’égalité des droits et le respect de la personne au-dessus des coutumes et des traditions de quelque nature qu’elles soient …» . La laïcité est donc riche de « promesses » !

En effet, l«’égalité des droits »  n'est pas entendue comme une égalité de « traitement » des citoyens placés dans des situations identiques, mais comme une égalité stricto sensu, consistant à anéantir toute différence entre les individus. 

Cette conception de l'égalité  aboutit à l'égalitarisme; elle suppose une égalisation  intellectuelle de tous vers le bas, ce qui explique la « refondation » actuelle de l’institution scolaire en centre d’activités et de loisirs où est bannie toute exigence de résultat, du primaire à l’université incluse : surtout, qu'aucune tête ne dépasse !

Elle suppose également la négation de toute différence biologique, physiologique et psychologique entre individus, ce qui aboutit à la négation de la différence de sexe, avec  la promotion de la théorie du genre et de l’homosexualité. 

C'est ainsi que le 4 janvier 2013, Vincent Peillon  a adressé une circulaire à l'ensemble des recteurs pour leur demander "de s'appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités afin de lutter contre les préjugés liés à l'identité du genre"  et la député PS Julie Sommagura a fait adopter un amendement à la loi relative à la "refondation" de l'Ecole qui rend obligatoire, dès la prochaine rentrée scolaire, l'enseignement de la théorie du genre pour tous les élèves à partir de 6 ans.

Selon les députés socialistes, il s'agit ainsi de..." déconstruire les stéréotypes sexués afin de substituer à des catégories comme le sexe ou les différences sexuelles qui renvoient à la biologie, le concept de genre qui lui, au contraire, montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont historiquement construites et socialement reproduites..." (!) fin de citation.

Nous voilà rassurés ! quand par surcroît, les universitaires sélectionnés pour conseiller les éditeurs dans la rédaction des manuels scolaires ont été soigneusement choisis parmi les figures les figures les plus emblématiques de la "théorie du genre" en France (Catherine Vidal et Eric Fassin pour ne citer qu'eux). 

Par ailleurs, le « respect de la personne » est entendu non pas comme le respect que l’on doit à l’autre mais le respect des choix de la personne avec tous les excès qui peuvent en résulter. Ceci correspond au concept de "liberté" du révolutionnaire Vincent Peillon qui indique que "pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix" , ce qui est corroboré par le fait qu'il place ces valeurs « au-dessus des coutumes et des traditions de quelque nature qu’elles soient… »

Autrement dit, dans la logique de Vincent Peillon, cette morale laïque qui souhaite « …arracher les enfants à tous les déterminismes… » signifie bien  qu'au concept de "devoirs" envers l'autre signifiée par la morale traditionnelle, est substituée une morale des "droits" envers soi-même et que toutes les racines culturelles d’un peuple doivent être anéanties par l’ouragan de cette laïcité.

MODALITES : " TRANSVERSALITE"

Le ministre de l’Education a souligné  que « … tous les professeurs doivent pouvoir transmettre cet enseignement, seuls ou en interdisciplinarité… » , c’est-à-dire que la « morale laïque » n’est pas une discipline d’enseignement à part entière, tout comme les autres disciplines qui disparaissent au profit d’activités maquillées en principes de « transversalité, interdisciplinarité, pédagogie de projet… » , activités au cours desquelles l’enfant est censé construire son savoir et s’instruire dans différentes disciplines à la fois.

C’est donc à partir des projets d’établissements mis en place par les chefs d’établissements et impliquant professeurs, CPE et élèves autour de thèmes citoyens - donc intrinsèquement liés à l’esprit de la « morale laïque » - que des « projets pédagogiques » sont mis en place sur la base d'activités réalisées. 

Le rapport a beau mentionner que "...cet enseignement n’est pas de proposer une morale mais de conduire les élèves à développer le courage de penser..." - tout un programme ! et le ministre a beau dire "...qu'il n'est pas question d'imposer ou d'inculquer quoi que ce soit..." , en réalité, à partir d'exemples concrets, il s'agira d’instiller des façons de pensée et des comportements prédéterminés et obligés !  

EVALUATION ?

Evidemment en suspens ! comment noter dans ces conditions ?

Le ministre a annoncé qu’un contrôle continu serait favorisé. On ne voit pas très bien comment il pourrait en être autrement, à moins qu’il n’y ait pas de notation du tout ce qui, dans ces conditions, se concevrait encore plus aisément et ne saurait être exclu.

 

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