vendredi, 20 décembre 2013 13:22

La refondation de l'Ecole? une révolution aboutie

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«La révolution française n’est pas terminée, il faut l’achever »…C’est ce que le ministre de l’Education nous a déclaré urbi et orbi. Il s’y emploie !

La « refondation » de l’Institution scolaire nous vient de loin…en effet !

Aboutissement d’un  plan révolutionnaire  qui a vu le jour en 1793, cette refondation n’a pu trouver son accomplissement qu’après avoir emprunté les méandres liées aux  contraintes historiques, institutionnelles et sociologiques, les révolutionnaires ayant dû  procéder   par étapes et en sous-main pour   abattre au fur et à mesure et méthodiquement tous les obstacles et triompher de toutes les résistances, usant de tous les stratagèmes à leur portée pour tromper la confiance du peuple et arriver à métamorphoser l’institution scolaire, lieu d’instruction et de formation intellectuelle en lieu de vie, centre d’activités et de loisirs, aboutissant ainsi à la mise en œuvre du principe révolutionnaire de la « tabula rasa ».

La « refondation » de l’Ecole  que notre ministre voudrait nous présenter comme une reconstruction du système éducatif en est donc son plus absolu contraire :  il s’agit de  son complet démantèlement.

BREF HISTORIQUE

En 1793, deux projets de loi ont été présentés à la Convention : celui de Le Pelletier de Saint-Fargeau repris par Robespierre qui,  estimant que le peuple n’avait pas besoin d’être instruit - qu’il suffisait de l'occuper à des activités manuelles dans les champs ou les manufactures - était basé sur l’activité de l’enfant. Celui de Condorcet qui estimait, quant à lui, que le peuple devait être instruit car la société en avait besoin pour pouvoir fonctionner dans de bonnes conditions, était donc basé sur l’instruction ce qui, en cela du moins, n’était  pas  très révolutionnaire. 

Aucun de ces deux projets n’a été voté mais  ils ont tous les deux constitué la base de projets appliqués ultérieurement et simultanément, ces deux conceptions s’étant toujours affrontées au sein même de l’institution scolaire.

Bien que différentes initiatives aient vu le jour au cours d’un XIXème siècle très « chahuté » institutionnellement, le premier projet global d’une Ecole de la République à avoir  été mis en œuvre fut inspiré de  celui de Condorcet par le ministre de l’Instruction publique de la IIIème République Jules Ferry, dans son projet de loi  déposé le 15 mars 1879.

Basé sur l’instruction du peuple,  il était par ailleurs,  expressément déclaré anti-clérical , se proposant d’affranchir les consciences de l’emprise de l’Eglise. l’Ecole publique se fixait donc comme objectif de se substituer à l’Ecole privée.L’instruction dispensée par les clercs - jésuites, frères des écoles chrétiennes, diverses congrégations religieuses -  étant de grande qualité , si l’Ecole publique se proposait de se substituer à l’école privée, il fallait qu’elle fasse elle aussi, la preuve de sa qualité. Elle n'était cependant pas faite pour durer mais pour être remplacée par étapes par le projet de Le pelletier de St Fargeau-Robespierre, le seul projet véritablement révolutionnaire répondant aux exigences de la « tabula rasa ».

Dans le même temps et jusqu’en 1914, une guerre acharnée s’est faite contre les écoles religieuses : fermeture d’écoles libres, expulsion des congrégations religieuses… afin que  les écoles publiques puissent  occuper toute la place.Le drame de la guerre de 1914  a mis en veilleuse cette guerre scolaire frontale et acharnée contre l’enseignement libre mais la lutte ne s’en est pas moins poursuivie de façon plus insidieuse et progressive jusqu’à l’absorber en son sein beaucoup plus tard afin de mieux le neutraliser, en vertu de la loi Debré 1959.

Mais pour l’heure,  le contenu de l’enseignement  a été allégé petit à petit et l’esprit modifié. C’est ainsi qu’une première réforme des programmes a eu lieu en 1923 et que, dès 1932, le ministère de l’Instruction publique s’est métamorphosé en ministère de l’Education Nationale, preuve d’un glissement du projet de Condorcet vers celui de Robespierre.

En 1937, un premier projet de réforme, notamment de l’enseignement secondaire, inspiré de celui de Robespierre a vu le jour : celui de Jean Zay, ministre de l’Education nationale sous le Front populaire,  projet reposant   sur des activités à faire réaliser par les élèves et non plus sur des cours dispensés. Ce projet de réforme a été enterré du fait des tergiversations de la commission parlementaire.

Là encore, est intervenue la guerre de 1939 et ce projet,  resté dans les cartons des communistes, a été ressorti  quasiment dupliqué dans le plan Langevin-Wallon de 1947 dont l’objectif se résume à faire réaliser des activités aux enfants en remplacement des cours avec pour conséquence de constituer un corps unique de « professeurs » (sic) de la maternelle à l’Université incluse, autrement dit à faire de l’Ecole un lieu de vie et reconvertir les professeurs en animateurs : c’est l’objet de l’actuelle « refondation » de l’Ecole.

Ce projet fut publié, mais jamais discuté par le gouvernement, ni présenté devant le parlement. Cette grande réforme semble alors restée lettre morte. Elle était, de toutes façons, inapplicable immédiatement, il n’était pas possible, là encore, de révolutionner le système d’un seul coup. Les concepteurs de cette « Ecole nouvelle » le savaient bien qui avaient indiqué, en conclusion de leur rapport, que la mise en œuvre de ce projet dans sa totalité ne pouvait se faire que progressivement : il s’agit en effet, d’un « plan ».

Cependant,  si ce projet n’a pas été appliqué officiellement, cette même année 1947, la FEN-CGT ( Fédération de l’Education Nationale – Confédération Générale du Travail ) syndicat communiste - est-il besoin d’ajouter -  vit le jour et fut co-gestionnaire reconnu de tous les ministres de l’Education depuis, pour faire appliquer  ce plan de façon cryptée par étapes et aboutir à la destruction progressive et méthodique du système existant basé sur l’instruction pour le remplacer par un système basé sur l’ « éducation ».

Comment le crypto-système s’y est pris  pour aboutir à la métamorphose planifiée de cette institution dont la nature est  totalement contraire aux souhaits du peuple et à l’intérêt de la Nation? d’une part, en créant les conditions pour que les enfants deviennent inaptes à appréhender les connaissances et la formation intellectuelle antérieurement exigées pour pouvoir prétendre par la suite que ce qui est demandé est trop difficile, qu’il faut réduire les exigences et changer le système, d’autre part,  en créant des perspectives en trompe-l’œil pour abuser le peuple.

DIFFERENTES ETAPES D’APPLICATION DU PLAN LANGEVIN-WALLON 

Comment rendre les enfants inaptes à appréhender des connaissances dans de bonnes conditions ? en utilisant des méthodes pédagogiques ineptes. Alors que la pédagogie recouvre l’ensemble des méthodes destinées à apprendre, les « pédagogies nouvelles »  ont été inventées pour empêcher d’apprendre.

Le décérébrage par les méthodes dites « pédagogiques » s’est ainsi fait dès les années 50 , notamment par la généralisation des méthodes globales de lecture qui, aujourd’hui encore, sont très majoritairement utilisées mais sous des appellations autres – « visuelles, auditives, intégratives, par hypothèse… ». Ces méthodes constituent l’outil majeur de destruction de l’intelligence. Basées sur la mémoire et non sur la logique, elles grippent durablement le cerveau des enfants . A noter que le concepteur de cette méthode, Nicolas Adam,   précepteur dans les familles aristocratiques, savait bien ce qu’il faisait. Lorsqu’il a conçu cette méthode  en… 1787 ( un hasard sûrement…) il a déclaré  : «… éloignez des enfants les alphabets et tous les livres français et latins, amusez-les avec des mots entiers à leur portée… ».

Tout est dit.

Dès la fin des années 50, il a donc fallu gérer les dégâts causés par l’usage de ces méthodes. Cette dégradation contrecarrant la volonté du peuple d’être instruit, pour le contraindre à subir la mise en œuvre de ce crypto-plan, il a fallu verrouiller le système et camoufler la réduction des exigences induites par les dégâts causés sur le niveau intellectuel des enfants. Le verrouillage s’est fait du public au privé et entre établissements publics afin de mettre tout le monde au pas et neutraliser la concurrence entre établissements scolaires.

. Le verrouillage public-privé s’est fait par la loi Debré de 1959 qui a permis la conclusion de contrats d’association entre l’Etat et les établissements privés , leur permettant de se voir attribuer des subventions au prix de leur assujettissement, les contraignant à un cahier des charges quasiment identique à celui des établissements publics, ruinant ainsi leur spécificité et neutralisant l’impact de leur existence sur l’ensemble du système d’enseignement. Tenus de suivre les mêmes programmes, disposant des mêmes manuels avec des enseignants formés dans les mêmes conditions que ceux de l’enseignement public , la « substantifique moelle » a ainsi disparu,  seule l’étiquette « privé »  demeure inchangée.

. Le verrouillage entre établissements publics, s’est fait par l’instauration de la carte scolaire en 1963 . Obligeant l’enfant à une scolarisation dans l’établissement le plus proche de son domicile, elle neutralise la concurrence entre établissements publics ; de plus, elle aboutit à une hétérogénéité des classes génératrice de baisse des niveaux d’enseignement.

Quant au camouflage, il s’est effectué en créant des perspectives en trompe-l’œil pour masquer les dégâts causés le plus longtemps possible et donner l’impression qu’au contraire,  de plus en plus d’enfants étaient davantage instruits, notamment par une prolongation de la scolarité pour tous, et pour cause !

. Dès les années 1950 – 1956,  a été instauré le «  plus de devoirs à la maison » pour éviter le contrôle des parents sur ce que fait l’enfant,

. En 1959, la réforme Berthoin a créé un cycle d’observation 6ème-5ème   qui a forcément entraîné la suppression de l’examen d’entrée en 6ème la même année , cette réforme prévoyant également la prolongation systématique de la scolarité jusqu’à 16 ans : donc, pas de contrôle des dégâts jusqu’à 16 ans !       

. Dans le même temps, en 1963, la réforme Cappelle-Foucher crée les CES en remplacement des classes de 1er cycle des lycées où l’enseignement est dispensé par d’anciens instituteurs et d’où sont systématiquement refoulés les titulaires d’une maîtrise d’enseignement : trop dangereux car trop instruits et trop critiques à l’égard d’un système en voie de décomposition, dispositif permettant d’entériner plus facilement la baisse de niveau et  les coupes sombres dans les programmes, notamment des « humanités ».

. En 1968 , l’esprit de l’institution a été bouleversé par la remise en cause de la nécessaire autorité des enseignants en même temps que le refus de la nécessaire contrainte, de l’exigence d’ efforts, de sanctions, le renoncement à la sélection exigés par les syndicats co-gestionnaires et entérinés par les différents gouvernements en place. Tout ceci a largement et sciemment participé à la destruction du système éducatif mais cette remise en cause était nécessaire aux crypto-révolutionnaires pour « noyer le poisson », freiner les professeurs dans leur volonté de faire réussir les élèves et également les élèves dans leur désir d’apprendre.

. En 1975 a été instauré le collège unique avec disparition des options et regroupement avec les CEG (Collèges d’Enseignement Général).

Toutes ces dispositions ont toujours eu pour finalité de tirer le système vers le bas.

Dès cette période, les élèves sont donc arrivés en 2nde avec des niveaux catastrophiques  attribués à l’existence du « collège unique » alors que ce collège n’avait été créé que pour gérer les dégâts causés par l’usage des méthodes pédagogiques dans le primaire. Néanmoins, les professeurs de lycée furent tenus de faire redoubler les élèves le moins possible, « cela coûte trop cher à la Nation » ! disait-on aux professeurs et « cela ne sert à rien ». En effet, lorsqu’un élève n’a pas acquis les bases en amont, le redoublement ne sert pas à grand-chose et les réformateurs le savent mieux que personne.

. Puis, dans la foulée, les exigences finales ont été considérablement allégées et c’est ainsi que les différents baccalauréats  sont devenus quasiment des coquilles dépourvues de substance mais l’attribution de pseudo-bacs à un nombre de plus en plus important de jeunes a permis au système en décomposition de faire partiellement illusion.

Le creuset de la décomposition du système s’est donc étalé des années 50 aux années 70.

. Puis, en 1989, dans la perspective de « l’Ecole-lieu de vie » instaurée dix plus tard par Claude Allègre, ont été créés les IUFM afin d’unifier  le recrutement  à la licence de tous les « enseignants » (sic) de la maternelle à l’université incluse, comme l’envisageait le plan Langevin Wallon. Ce qui parait aberrant dans une logique d’instruction se conçoit parfaitement dans une logique d’« école »-lieu de vie.  

En 1998 – Claude Allègre est arrivé au ministère de l’Education en proclamant haut et fort : « l’école de Jules Ferry, c’est terminé ! » et, prétendant que « …ce qui est demandé est beaucoup trop difficile …qu’ il faut changer le système… »,  il a posé les bases d’une réforme révolutionnaire, faisant disparaître les cours pour les remplacer par des activités au cours desquelles l’enfant est censé construire son savoir : c’est l’aboutissement du processus révolutionnaire qui a fait basculer le système : L’Ecole, lieu d’instruction et de formation intellectuelle, devient un ensemble de centres d’activités et de loisirs de la maternelle à l’Université incluse.

Depuis lors, tous les ministres mettent en œuvre progressivement cette réforme révolutionnaire sous couvert d’une phénoménale désinformation visant à faire accréditer l’idée d’un objectif d’amélioration du système d’enseignement et la « refondation » dont le ministre de l’Education Vincent Peillon se fait le chantre n’est autre chose que la dernière main portée à la mise en œuvre de cette réforme avec toutes les conséquences pédagogiques et institutionnelles  qui en découlent.

C’est l’aboutissement du projet de Robespierre… c’est une révolution  aboutie, Monsieur le ministre mais… ce n’est plus une Ecole.

 REFONDATION DE L’ECOLE ET SES CONSEQUENCES.

Les exigences d’une « Ecole »(sic)-lieu de vie ne sont évidemment pas les mêmes que celles d’une Ecole, lieu d’instruction. Il n’est plus question de niveau à atteindre  et c’est ainsi que la refondation s’oriente progressivement vers une unification des niveaux des établissements  et de la formation du personnel « d’encadrement ».

. Au niveau des établissements : pour l’heure,  il est prévu le regroupement des établissements école-collège –notons que le mot « primaire » a disparu- avec la création d’un « conseil école-collège » dans le but de faire réaliser des activités en commun… en attendant la fusion complète…Par ailleurs, les spécificités des sections au lycée sont en train de disparaître, à la fois pour les bacs généraux et  pour les bacs technologiques. D’autre part, des conventions sont prévues entre lycées et universités afin de faciliter leur rapprochement.

Tout ceci pour amener progressivement à une perte de spécificité des établissements en rapport avec le niveau.

. Au niveau du personnel : la métamorphose de l’Ecole-lieu d’instruction en « Ecole » (sic)-lieu de vie, a également des répercussions sur le recrutement du personnel. C’est ainsi qu’actuellement, sont recrutés des personnels sans qualification et sans condition de nationalité : les « emplois-avenir-professeur » - EAP - dont le formatage va se faire sous l’égide des IUFM (récemment rebaptisés « écoles supérieures du professorat et de l’éducation » - ESPE - pour tous les personnels de la maternelle à l’Université incluse. Le ministre de l’Education a d’ailleurs déclaré à cet égard : «… la création des EAP est un pilier important de la réforme de la formation initiale des enseignants … ». Notons que les IUFM (alias ESPE) ont été fusionnés avec les universités en 2005 (et non supprimés) dans le but de détruire l’enseignement disciplinaire (cours de spécialité)  dispensé dans les universités : ce qui se conçoit pour une Ecole-lieu de vie.

Par ailleurs, la réforme du CAPES 2009 ramène les exigences de ce concours à celles du secondaire et sa disparition est envisagée ainsi que le regroupement des différents corps d’enseignement (professeurs des écoles, professeurs certifiés etc…)

 D’autre part, l’organisation scolaire est chamboulée :

Les établissements deviennent autonomes et déterminent leur projet d’établissement, ce qui se conçoit aisément puisque les activités à organiser ne pourront se faire qu’en liaison avec l’environnement socio-culturel local , c’est ce qui est appelé du nom de « territorialisation ».

- Il n’y a plus de programmes : les pseudo-programmes ne déterminent pas des savoirs à acquérir mais des compétences , or, les compétences passent par des savoirs qui ne sont pas définis et les évaluations sont supprimées ou dénaturées.

- L’ « enseignant » qui n’enseigne plus n’est plus seul dans sa classe mais travaille en équipe, ce qui explique le dispositif : « plus de maîtres que de classes , c’est ce que le Ministre de l’Education nous signifie lorsqu’il dit que ce dispositif « doit conduire à une mutation pédagogique »,

- Les classes sont en passe de disparaître et d’être regroupées en cycles,

- Les rythmes scolaires sont modifiés : tout se fait à l’école puisqu’il n’y a plus de travail à faire donc, plus  de devoirs, plus de notes, plus de redoublements et disparition  à terme, de toute évaluation correspondant à une acquisition de savoir. C’est ainsi que les diplômes existants sont amenés à disparaître. 

Particularités du système mis en place 

Par contre, alors que toute l’organisation scolaire est basée sur les activités et qu’il ne s’agit plus, en réalité, d’une Ecole, seuls subsistent des cours pour la langue vivante étrangère, survalorisée en heures et en contenu et se développent des structures élitistes pour les zones d’éducation prioritaire (internats d’excellence de la 6ème à l’enseignement supérieur, programme égalité des chances, micro-lycées…pour les enfants des banlieues) qui concernent déjà environ 40000 enfants et dont les budgets sont impressionnants (500 millions d’euros pour les seuls internats d’excellence en 2012 financés par l’emprunt national !)

Tout ceci masqué par une désinformation éhontée.

Alors, qu’allons-nous faire ? Allons-nous nous laisser faire ?

Lu 4071 fois Dernière modification le vendredi, 31 janvier 2014 11:41