jeudi, 23 février 2012 16:24

" Une nouvelle ambition pour l'Ecole"... achever sa destruction

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En 2011, le Haut Conseil de l’Education (HCE pour les intimes) a fait  un rapport  sur la mise en œuvre du « socle commun de compétences » - c’est-à-dire tout ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire, soit fin de 3ème -  socle de compétences instauré en remplacement des programmes dans le cadre de la « refondation » du système éducatif, c’est-à-dire dans le cadre de la révolution totale du système scolaire en une multitude d'établissements-lieux de vie du primaire à l’université, phase finale de la destruction du système éducatif entamée depuis 60 ans sur la base du plan Langevin-Wallon de 1947. Travestie par des objectifs dont l’apparence est pour le moins trompeuse, la réalité n’en est pas moins dramatique pour l’avenir de nos jeunes et celui de notre société.

 

« Une nouvelle ambition pour l'Ecole » ...

 …C’est ce qu’affiche le HCE, prétendant que l’objectif est d’ « élever significativement le niveau moyen des performances des élèves et d’élargir la base de l’élite », et rappelant  ce que la mission d’information parlementaire avait osé prétendre dans son rapport en avril 2010, « c’est la première fois dans l’histoire de l’enseignement de notrepays, qu’une obligation de résultats est fixée à l’école, via le socle commun » (…)Il faut oser !

 En réalité, la « nouvelle ambition pour l’école  » est une « révolution sans ambition pour le savoir ». puisque basée sur des objectifs d’obtention de compétences  - par exemple, maîtriser la langue française - mais sans qu’il soit dit précisément comment acquérir ces compétences. Or, pour obtenir des compétences, il faut passer par des savoirs et ces savoirs passent par l’énoncé de programmes précis déterminant des connaissances et une formation intellectuelle à acquérir : c’est ce qui prévalait dans notre système scolaire, avec une obligation de résultat prédéterminée et contrôlée par une notation accompagnée d’une appréciation dans chacune des disciplines enseignées.

Aujourd’hui, des objectifs de compétences sont fixés sans déterminer - par l’énoncé de programmes précis – des savoirs permettant de les atteindre, et en supprimant les cours pour les remplacer par des activités réalisées par l’élève au cours desquelles il est censé construire son savoir, accompagné dans son projet, par un enseignant qui n’enseigne plus. Dans ces conditions, il est évident que les compétences énoncées et prétendûment attendues, ne seront jamais acquises ! En réalité, c’est le but recherché !

 Les 7 compétences prétendûment attendues...

Il faut mentionner d’ailleurs, que  le prétendu «  socle commun de compétences » qui revient en ritournelle dans le rapport, n’est défini à aucun moment, il faut aller le chercher ailleurs et, quand on trouve les 7 compétences du socle commun, il n’y a pas de surprise : ce sont - ce qu’il peut être convenu d’appeler – « des vœux pieux »:

-         Maîtrise de la langue française,

-         Pratique d’une langue vivante étrangère,

-         Principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique,

-         Maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication,

-         Culture humaniste,

-         Compétences sociales et civiques,

-         Autonomie et initiative.

 Parmi ces 7 compétences, un exemple d’énoncé concernant la « maîtrise de la langue française » :

 « Priorité absolue, elle passe par :

« La capacité à lire et comprendre des textes variés,

« La qualité de l’expression écrite,

« La maîtrise de l’expression orale,

« L’apprentissage de l’orthographe et de la grammaire,

« L’enrichissement quotidien du vocabulaire »

Des acquisitions de compétences illusoires

 Mais… aucun programme n’est défini pour acquérir ces compétences.Par contre, en fin d’énoncé des compétences à acquérir, il est dit «  dans chaque matière et chaque activité scolaire, on apprend à être autonome dans son travail, s’engager dans un projet et le mener à terme…en développant cette compétence, l’élève se donne les moyens de réussir sa scolarité… C’est donc bien la confirmation de la fin de la transmission des savoirs et de la formation intellectuelle par des cours, remplacés par la réalisation d’activités au cours desquelles l’enfant construit son savoir, et le prétendu « socle »  n’aura rien de « commun » dans la mesure où l’enfant a un parcours qui lui est propre et qu’il n’atteindra forcément pas les compétences  énoncées si des programmes ne définissent pas précisément des savoirs à acquérir et que ces savoirs ne sont pas dispensés par un enseignant.

Et quand il est dit que « la maîtrise du socle commun est attestée par le diplôme national du brevet (DNB) dont les sujets portent sur les programmes » il faut savoir que les « programmes » ne sont que des thèmes à traiter sans en définir le contenu. Dans ces conditions, il est évident que les compétences réelles n’auront forcément rien à voir avec ce prétendu « socle commun de compétences».

 Pour appuyer ce projet de non moins prétendue « école » métamorphosée en réel – par contre -  lieu de vie basé sur des compétences à acquérir, le HCE cherche à  le justifier en se référant au cadre de référence européen qui définit des « compétences-clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie » affirmant – à juste titre – « que le Canada et la Finlande ont relevé le défi et démontrent que l’ambition du socle commun n’est pas irréaliste » !

Certes ! personne ne le conteste ! ce n’est pas l’ « ambition » qui est  irréaliste, mais les moyens préconisés  - totalement illusoires par rapport à cette «… nouvelle ambition » - et  le HCE, constitué des pédagogistes impénitents le savent très bien qui se mettent au service de la destruction du système éducatif et non de son amélioration, alors que le Canada et la Finlande se sont – eux -  donné les moyens d’atteindre ces objectifs – l’étude PISA 2010 l’a magistralement démontrée. Les critiques et  le scepticisme à l’égard de ce projet  - dont il est d'ailleurs fait état dans le rapport du HCE - partent du constat de l’écart entre la réalité et l’objectif visé, ce qui, bien évidemment, est parfaitement justifié, mais cet écart est tout autant  parfaitement voulu par le HCE qui sait très bien que ces compétences ne seront jamais acquises de cette façon.

Le prétendu «  socle commun »  présenté par le Ministère comme « un acte refondateur de notre système éducatif »  le refonde , en réalité - et sciemment -  sur la base du néant et la « nouvelle ambition pour l’Ecole », c’ est bien l’achèvement de sa destruction !

 

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