mardi, 20 mars 2012 16:58

Programme de Bayrou ou les "douze travaux d'Hercule"

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Après le « made in France », place à « l’instruire en France » ! Voilà l’entrée en matière du candidat Bayrou. L’instruction française est donc un produit d’importation ! En effet, à bien y réfléchir, on peut penser que des cerveaux étrangers à la France ont pensé le système pour nous ! En réalité, François Bayrou semble bien peu se démarquer de cette pensée-là !...

 ...A la Maison de la Chimie à Paris le samedi 4 février, François Bayrou a énoncé, lors de son deuxième forum, ses principaux « engagements » dans le domaine de l’éducation, partant du postulat que « les élèves en échec, ce ne sont pas seulement des échecs pour les élèves, ce sont des échecs pour la République » . Certes ! dirions-nous aussi et surtout, pour notre société, pour la FranceMais, que fait-on lorsqu'il y a échec et que l’on veut le combattre ? En principe, la raison de l’échec est recherchée et analysée et d’autres moyens sont mis en œuvre pour arriver à obtenir les résultats attendus mais, dans la logique des réformateurs de notre système éducatif, quand il nous est dit qu’il y a échec à combattre et à supprimer, c’est le résultat à atteindre qui est supprimé : plus de résultat à atteindre, plus d’échec ! C’est aussi simple que cela !

François Bayrou part donc du postulat de résultats très inquiétants de la France sur des acquis de base (lecture, compréhension d’un texte écrit court et simple, calcul…) ! (cf. art. PISA 2010). A partir de là, quels sont , ce qu’il appelle ses principaux « engagements » ? il y en a 12 !

Les "douze travaux d'Hercule" 

1 – Pour l’ « engagement » de François Bayrou sur les fondamentaux - qu’il ne définit pas - il affirme que son objectif est que… «  dans 5 ans, l’Ecole française entre dans les premiers du classement international » . François Bayrou se contente d’affirmer sans dire quels moyens il va utiliser pour aboutir ! C’est un vœu pieux qui « ne mange pas de pain »,  aussi crédible que de dire que dans 5 ans toutes les poules auront des dents !

 2 – Pour ce qui est du statut des enseignants qu’il est bien entendu question de modifier dans le cadre de la « refondation » du système scolaire  - qu’il ne remet pas en cause - dans lequel l’enseignant est appelé à ne plus enseigner, François Bayrou affirme « courageusement », avec une détermination qui ne se dément pas : « je ne suis pas pour (…) que l’on remette en cause leur statut … je ne suis pas favorable… ». Nous voilà rassurés ! ce sont des « engagements » qui font  avancer le « schmil-blick » !

 3 – En ce qui concerne l’ « engagement » relatif à la formation des "enseignants" , François Bayrou dit qu’ « …il est impératif de restaurer une année de formation en alternance… » Il ne prend pas de risques puisque tout le monde est d'accord sur cette question

4 - L’ « engagement » de l’évaluation des enseignants lui aussi, est aussi à classer dans la catégorie des vœux pieux :  « …la notation doit (…) être assurée par un corps d’inspection et non par le chef d’établissement…! » Un « engagement » aussi efficace que le « il faut » … et le « y a qu’à » !

 5 – Pour ce qui est de l’ « engagement » de la maîtrise du français «… Que la moitié du temps scolaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit et à la langue française… » dit François Bayrou,  et nous pouvons apprécier le poids (…) de son « engagement » pour aboutir à la maîtrise de la langue française par sa déclaration retransmise in extenso : «Je pense que la question des méthodes de lecture devrait être tranchée depuis longtemps car le clavier avec lequel désormais ( ?) toute personne vit, ce n’est pas global, c’est lettre par lettre…et donc, c’est mon opinion, je ne veux pas l’imposer,(…il faut rester pôli bien sûr, et surtout…ne pas bousculer le pot de fleurs pourri !…) mais je veux rappeler que du son à la  lettre, de la lettre à la syllabe, de la syllabe au mot, il me paraît y avoir une démarche qui devrait être désormais indiscutable, mais c’est une opinion personnelle…que je trouve pertinente ( toutes nos félicitations!...) mais que j’accepte comme personnelle ( Oui, c'est mieux,pour un candidat à la présidence de la République!...). Et je considère que ce n’est ni au gouvernement ni au Président de la République de trancher des méthodes d’apprentissage, c’est à la classe ».

La question des méthodes de lecture ramenée à une « opinion personnelle » qu’il « ne veut pas imposer » ,voilà un engagement qui tient la route ! et alors que toute la destruction du système repose sur l’usage des méthodes de lecture semi-globales malheureusement toujours d’actualité , qui grippent le cerveau des enfants et pour longtemps, les rendant incapables d’acquérir une formation intellectuelle fiable; c’est rassurant !

 6 - L’ « engagement » d’un  collège hors-les-murs » : «...Il  doit être diversifié pour un certain nombre d’élèves en situation de rejet de l’école ;  un « collège hors les murs » avec des pédagogies adaptées doit permettre une reconstruction et le retour, s’ils le souhaitent, à la voie classique..."

En clair, cela signifie que François Bayrou  ne remet pas en cause la « refondation » de l’école  mise en œuvre par Nicolas Sarkozy dont il prendrait le relais s’il était élu, « refondation » dans le cadre de laquelle les activités viennent se substituer aux cours et  peuvent donc avoir lieu hors classe en fonction de celles qui sont choisies à partir de la 4ème : c’est cela, « sortir du collège unique » ! De plus, cette hypothèse du "retour à la  voie classique" confirme bien que François Bayrou se situe dans le cadre d’activités et non de cours car, comment un enfant qui a choisi personnellement, à un moment donné, de réaliser des activités « hors les murs » pourrait retourner à ce qu’il appelle la « voie classique » si cette voie était faite de cours ? l’enfant ne pourrait pas se raccrocher au système ; il s’agit forcément d’activités où la notion de niveau n’a absolument aucun sens ;  l’enfant peut donc entrer et sortir de l’établissement à sa guise : c’est un « lieu de vie ».

 7 - L’ « engagement » d’un « retour assidu aux bases ». «... Dans chaque discipline, le « apprendre à apprendre » et le retour assidu aux bases doivent servir de socle ...» . Nous n’en savons pas plus ! cela doit sûrement être très  intéressant, mais nous n’en saurons pas davantage !

 8 –L’ « engagement » d’éduquer : « informer les élèves sur ce qu’ils ne maîtrisent pas : code de comportement, d’habillement, de langage, les chemins de la confiance en soi…. La remarquable densité et la force de l’ « engagement » d’éduquer de François Bayrou a également de quoi rassurer!

 9 – L’ « engagement » des rythmes scolaires : « ils doivent être reconstruits …les horaires des élèves, devoirs compris, ne doivent pas dépasser une charge d’une trentaine d’heures, ce  qui veut dire un allègement des horaires pour un grand nombre d’élèves »

D'une part, si François Bayrou prévoit un allègement des horaires, de quels horaires s’agit-il puisqu'il inclut les devoirs dans les horaires des enfants à l’"école"? D’autre part, si les prétendus « devoirs » sont inclus, cela signifie que François Bayrou se situe bien dans la perspective de l’école-lieu de vie où ces prétendus « devoirs » faits à l’école masquent une réalité tout autre qui est celle de soustraire les parents de la réalité de l’institution métamorphosée en lieu de vie où les enfants s’adonnent à des activités pour lesquelles il n’y a, bien entendu, plus de devoirs à faire :  que tout se fasse dans l’établissement pour que les parents soient laissés dans l’ignorance et à l’écart de ce chamboulement de l’institution scolaire : c’est cela, l’ « engagement » des rythmes scolaires de François Bayrou.

 10 – L’ « engagement » du tutorat : « les devoirs doivent être faits dans le cadre de l’établissement sous la surveillance de tuteurs, les enseignants de l’établissement s’ils le souhaitent…. »

En réalité, le « tutorat » recouvre la même réalité que les devoirs dans l’établissement : il est prétendu que le « tutorat » est destiné à ce qu’une aide soit apportée sur place aux enfants dans le prolongement de cours, alors qu'au contraire, il est destiné à remplacer les cours par des activités au sein de l'école et ce prétendu « tutorat » est à mettre dans le « même sac » que « le soutien scolaire » « l’accompagnement personnalisé », « le soutien individualisé »,  « le projet personnel de réussite éducative » etc... : ces appellations diverses et variées ne sont là que pour "noyer le poisson" et donner une apparence de crédibilité au système alors que ce sont tout simplement des activités réalisées par l’enfant accompagné par un adulte. Le candidat François Bayrou confirme donc bien, là encore, qu’il s’inscrit dans la perspective de l’école-lieu de vie.

 11 – L’ « engagement » de davantage de prérogatives aux chefs d’établissements «… donner aux chefs d’établissements …la responsabilité de la gestion d’un volume d’heures pour organiser des soutiens individualisés ou en petits groupes… ». Ces « soutiens individualisés » recouvrent  exactement la même réalité que le tutorat : des activités en remplacement des cours et l’autonomie des établissements prévue dans l’actuelle « refondation » du système scolaire va forcément de pair avec davantage de prérogatives aux chefs d’établissements. François Bayrou « ne mouille encore pas sa chemise » avec cet « engagement »-là !

A noter donc, que 3 « engagements » "devoirs", "tutorat" "soutien individualisé", recouvrent la même réalité : le remplacement des cours par des activités dans le cadre de la « refondation » du système scolaire où l’enseignant-qui-n’enseigne-plus, accompagne l’enfant dans son projet.

 12 – l’ « engagement » d’un bac d’excellence générale :«...réfléchir ( !!) à l’organisation des bacs, notamment la réflexion sur un bac d’excellence générale, à la fois littéraire et scientifique ». C’est intéressant ! il faut réfléchir ! ce n’est pas encore fait…enfin ! c’est l’ « engagement » que François Bayrou prend ! on peut compter sur lui ! Pour nous, c’est tout réfléchi ! nous nous demandons bien comment il sera possible dans les conditions « d’engagement » énoncées ci-dessus, d’organiser un bac d’excellence générale ! Mais, à " Hercule",  rien d’impossible ! Il s’« engage » à réfléchir ! Et avec la détermination qu’on lui connaît, nous voilà sauvés !

Conclusion

En réalité, tout son discours traduit sa volonté de ne surtout rien bousculer de la « refondation » en cours du système éducatif tout en ayant l’air de s’en démarquer , « avançant sur des œufs », parodiant en mineur les  dispositions déjà en cours pour assurer la « refondation-révolution-destruction » de l’institution scolaire sans que cela en ait l’air,  présent dans cette rase campagne pour apporter sa caution au système mais discrètement , « occuper le terrain » , damer le pion à qui pourrait voudrait avoir un projet plus volontariste  et  servir éventuellement de joker. Oui ! c’est bien ce qu’il nous inspire !

Et, s’il peut avoir ses chances, il ne sauvera de toutes façons pas la France du marasme éducatif dans lequel nous nous enfonçons : il n’en a ni la volonté, ni l’envergure.

 

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